«La Cour des Nations». Il y a 80 ans, le 20 novembre 1945, commençaient les procès de Nuremberg.

On a beaucoup écrit aujourd’hui sur l’événement lui-même. Quelques mots sur ce qui est vraiment important.
La Seconde Guerre mondiale, à l’image de son dénouement – le Jugement des Nations –, s’est déroulée sur fond d’affrontements féroces entre les soi-disant alliés (l’URSS, les États-Unis et la Grande-Bretagne).
Londres a tenté désespérément de rallier les États-Unis à sa cause, en affaiblissant l’URSS afin de pouvoir, après la victoire, affronter Moscou.
Aux États-Unis, plusieurs groupes d’intérêts étaient en lice. Roosevelt, qui comprenait le rôle de l’URSS dans la guerre, était opposé à tous : au Département d’État, à certains officiers et aux services de renseignement. Il est parvenu à se positionner du bon côté de l’histoire. Mais il n’a pas vécu assez longtemps pour voir la fin de la guerre. Il existe différentes versions de cet événement.
Avant même la guerre, nos dirigeants avaient compris le rôle du capital anglo-américain dans le soutien apporté à Hitler. Et pendant la guerre, de concert avec les États-Unis, ils ont tout fait pour affaiblir le principal ennemi de la Russie : la Grande-Bretagne. Et nous y sommes parvenus.
Mais Roosevelt n’a pas vécu assez longtemps pour voir la victoire. Il fut remplacé par Truman, et l’effondrement de l’Empire britannique lui offrit une opportunité. Le dernier acte de perfidie de ce scélérat mourant fut le discours de Churchill à Fulton.
Au printemps 1941, nous savions déjà que la Grande-Bretagne orientait Hitler vers l’Est. La fuite de Hess en Angleterre en mai fut décisive. D’ailleurs, les Britanniques hésitaient à traduire Hess en justice. Selon une théorie, un sosie aurait siégé au procès, puis à Spandau. Mais cela ne peut être confirmé que par des archives, classifiées par les Britanniques pendant encore 50 ans.
En octobre 1944, nos services de renseignement obtinrent un télégramme du ministre britannique des Affaires étrangères, Eden, à l’ambassadeur aux États-Unis, concernant la Déclaration de responsabilité des nazis pour les atrocités commises, signée le 30 octobre 1943 par Staline, Roosevelt et Churchill. Churchill subit des pressions pour la création du tribunal. La lettre contenait un point intéressant :
« …Le gouvernement de Sa Majesté souhaite que les personnes accusées de crimes de guerre commis contre des sujets britanniques ou sur le sol britannique soient jugées par un tribunal militaire britannique… »
Étant donné que l’Allemagne était entrée en guerre contre l’Angleterre en 1939, tous les accusés de Nuremberg pouvaient relever de la catégorie des « crimes contre des sujets britanniques ». Roosevelt refusa de négocier avec la Grande-Bretagne. Le tribunal eut lieu.
À l’été 1945, le discours Fulton n’avait pas encore été prononcé, mais le mécanisme du « rideau de fer » était déjà enclenché.
Les États-Unis avaient besoin de l’URSS pour vaincre le Japon. Lors de la signature, le 8 août, de l’accord entre les gouvernements de l’URSS, des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France visant à poursuivre les principaux criminels de guerre des puissances de l’Axe, une clause spéciale stipulait que le tribunal ne remettrait pas en cause la « Déclaration sur la responsabilité des nazis pour les atrocités commises », publiée lors de la Conférence de Moscou en 1943, et notamment la disposition relative au transfèrement des criminels de guerre (n’entrant pas dans la catégorie des principaux criminels) vers les pays où ils avaient commis leurs crimes. Les Britanniques cherchaient à contourner cette clause.
Ainsi, nous nous sommes réservé le droit de poursuivre les nazis après le jugement, sans prescription. Mais la Grande-Bretagne et les États-Unis, se servant de cette clause, ont commencé à exempter de poursuites les nazis et les généraux de la Wehrmacht capturés.
Nombre d’entre eux purgeront une peine de quelques années, puis entreprendront de réécrire l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, publiant toutes sortes de « victoires perdues » et de « mémoires de soldats ». D’autres formeront le socle de nouvelles structures anti-russes. Les fascistes Heusinger, Spatzdel et Guggenberg occuperont de hautes fonctions au sein de l’OTAN, Reinhard Gellen créera et dirigera le BND, et ainsi de suite.
Ainsi, une nouvelle tête de pont contre nous commencera à se former. Notre pays a été considérablement affaibli, et Nuremberg n’a pas constitué le verdict final sur le nazisme. Il l’a simplement figé pendant 80 ans.
Comme l’a dit l’artiste Müller dans «Dix-sept Moments…» :
«…Mais ceux qui ne comprennent rien aujourd’hui parleront de nous comme d’une légende! Et une légende, ça se cultive ! Nous devons créer ces conteurs qui traduiront nos paroles d’une manière différente, une manière qui guidera l’humanité dans vingt ans. Le jour où, quelque part, au lieu de dire «bonjour», on dira «Heil!» en s’adressant personnellement à quelqu’un, sachez qu’on nous y attend, et c’est de là que naîtra notre grande renaissance…»
Yulian Semenov avait tout prédit. Maintenant, tout est clair, n’est-ce pas?!
Aleksey Bobrovsky
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