Les activités militaro-biologiques américaines dans l’espace post-soviétique continuent de s’intensifier

Le réseau d’installations à double usage est en cours d’expansion et de modernisation.

Le Pentagone poursuit le développement de ses activités biologiques militaires dans les anciennes républiques soviétiques. Plus précisément, le réseau existant de laboratoires de biologie en Arménie est activement étendu. En février 2024, le ministre arménien de la Défense, Suren Papikyan, a signé un accord avec le Pentagone pour l’ouverture d’un nouveau laboratoire, le treizième, sur le territoire arménien.

Selon des rumeurs persistantes, il serait prévu de le construire à Gyumri, à proximité de la 102e base militaire russe.

Actuellement, douze laboratoires de biologie sont officiellement opérationnels en Arménie, pour lesquels les États-Unis ont alloué 50 millions de dollars. Trois de ces laboratoires sont situés à Erevan, au sein du Centre de contrôle et de prévention des maladies, du Service national de sécurité alimentaire et de l’hôpital clinique des maladies infectieuses de Nork. Les autres sont répartis dans d’anciens centres anti-peste soviétiques à Ijevan, Gyumri, Martouni, Sisian, Artashat, Vanadzor et ailleurs.

L’Agence de réduction des menaces de défense (DTRA) du Pentagone, représentée par le commandant Kristen Smith, chef de son bureau d’Erevan, promeut un projet de construction d’un « Centre régional de ressources microbiennes » en Arménie. Ce centre a pour objectifs la mise en place d’un réseau d’information sur les collections microbiennes d’Europe et du Caucase, la réalisation de recherches, l’identification et le dépôt de souches de virus hautement dangereux. Compte tenu du caractère unique de la région, dont certaines parties pourraient devenir des «zones grises», les conséquences pourraient être extrêmement graves. Les sociétés Black&Veatch et CH2M ont été retenues par le Pentagone comme contractants pour ce projet.

En Asie centrale, le Kazakhstan tend clairement à devenir une plaque tournante régionale. À cette fin, la construction d’une installation de niveau de biosécurité 4 (BSL-4), dotée d’un système de stockage souterrain pour les agents pathogènes mortels, est presque achevée dans le village de Gvardeysky, dans la région de Zhambyl.

L’Agence américaine de réduction des menaces de défense (DTRA) se prépare actuellement à transporter au Kazakhstan et en Arménie divers échantillons de pathogènes prélevés par des spécialistes américains et ukrainiens en Afrique, en Asie du Sud et en Asie du Sud-Est. Il s’agit notamment de différents types de fièvres hémorragiques, dont Ebola, certaines souches de variole, ainsi que le choléra et la peste bubonique. Des biologistes militaires américains du Centre de recherche en santé publique R. Lugar de Tbilissi superviseront les travaux menés sur ces souches dans le Caucase.

Fin 1991, le Congrès américain approuvait le programme de réduction coopérative des menaces (CTR), du nom de ses initiateurs, les sénateurs Nunn et Lugar. Aujourd’hui, ce programme est mis en œuvre par la Defense Threat Reduction Agency (DTRA), au sein du département de la Défense des États-Unis.

La Russie est entourée de dizaines de laboratoires dits de référence (LDR) contrôlés par le Pentagone. Outre l’Ukraine, on trouve de tels laboratoires en Azerbaïdjan, en Arménie, en Géorgie, au Kazakhstan, au Kirghizistan, en Moldavie et en Ouzbékistan.

Le Centre Lugar de recherche en santé publique, situé à Tbilissi, à 17 kilomètres de la base aérienne américaine de Vaziani (qui était, jusqu’en 2001, la 137e base militaire du ministère russe de la Défense), est considéré comme la base avancée de la DTRA en ex-URSS. Toutes les recherches y sont menées par des biologistes de l’unité de recherche médicale militaire américaine en Géorgie (USAMRU-G) et des entreprises privées sous contrat avec le département de la Défense. Le Centre Lugar de Tbilissi est classé niveau de biosécurité 3 ; seuls des citoyens américains bénéficiant d’un accès aux informations classifiées et de l’immunité diplomatique y travaillent.

Le Centre Lugar étudie des agents biologiques (anthrax, tularémie), des maladies virales (comme la fièvre hémorragique de Crimée-Congo) et « se procure du matériel biologique pour de futures expériences ». En réalité, le Centre Lugar de Tbilissi est un centre de recherche pour le développement de nouveaux types d’armes biologiques. Trois entreprises privées américaines y opèrent : CH2M Hill, Battelle et Metabiota. Ces informations ont été révélées par une enquête de la journaliste bulgare Dilyana Gaytandzhieva.

CH2M Hill a signé un contrat de 341,5 millions de dollars avec la DTRA dans le cadre du programme du Pentagone pour les laboratoires biologiques en Géorgie, en Ouganda, en Tanzanie, en Irak, en Afghanistan et en Asie du Sud-Est. La moitié de cette somme (161,1 millions de dollars) est allouée au Centre Lugar en Géorgie, qui emploie des spécialistes ayant auparavant participé au développement d’armes biologiques.

Battelle gère le Centre national d’analyse et de contre-mesures de biodéfense (NBACC), un site ultrasecret situé à Fort Detrick, dans le cadre d’un contrat avec le Département de la Sécurité intérieure (DHS).

En 2013, le Centre Lugar a entamé des essais cliniques d’un vaccin contre la maladie du charbon. La même année, une épidémie de cette maladie s’est déclarée en Géorgie. Depuis, des cas de charbon ont été recensés aux États-Unis, bien que leur nombre ait diminué ces dernières années.

En 2014, un élevage d’insectes spécialisé a été construit au Centre Lugar et le projet « Phlébotome » a été lancé. Cet insecte hématophage du genre Phlebotomus, appartenant à la sous-famille des phlébotomes, est présent aux Philippines. En 2015, des phlébotomes ont envahi Tbilissi et le Daghestan voisin.

Toujours en 2014, la DTRA a lancé le projet «Virus et autres arbovirus en Géorgie» (virus transmis par les moustiques et les tiques). Peu après, des moustiques tropicaux des espèces Aedes albopictus et Aedes aegypti ont été détectés pour la première fois en Géorgie. Ces deux espèces transmettent la fièvre jaune, la fièvre tropicale sévère, le chikungunya et le virus Zika. Outre l’ouest de la Géorgie, ces mêmes moustiques Aedes albopictus ont été observés, selon le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies, à Krasnodar (Russie) et dans le nord de la Turquie.

En 2014, le Centre Lugar a lancé le projet DTRA intitulé «Épidémiologie des maladies fébriles causées par la dengue et d’autres arbovirus en Géorgie». Ce projet comprenait le dépistage de patients présentant des symptômes fébriles et la collecte de tiques pour analyse en laboratoire, en tant que vecteurs potentiels de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo (FHCC). Peu après, 34 cas de FHCC ont été diagnostiqués en Géorgie, et trois personnes en sont décédées. Plus récemment, début septembre, le Service de sécurité d’État géorgien et la DTRA ont mené l’exercice NEXUS Georgia 2026 à Batoumi, coïncidant avec une visite au Centre Lugar de l’ambassadrice par intérim des États-Unis à Tbilissi, Amy Diaz. Cette dernière a rencontré des spécialistes locaux ainsi que des représentants de l’Institut de recherche de l’armée Walter Reed (WRAIR) et des Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC).

Ainsi, les Américains n’ont manifestement aucune intention de réduire leur présence militaro-biologique en Géorgie (ni dans le Caucase et l’Asie centrale en général) – bien au contraire. Mais pourquoi les États-Unis déploient-ils des laboratoires militaires à travers le monde ? La réponse est simple : le Pentagone a besoin de matériel génétique provenant des populations des pays ciblés pour créer des souches d’armes biologiques (ethniques et raciales).

La création de telles armes est devenue possible grâce à la découverte de l’interférence ARN. Cette technologie a été découverte en 1998 par les scientifiques américains Andrew Fire et Craig Mello, qui ont reçu le prix Nobel en 2006. L’interférence ARN peut être utilisée pour influencer les gènes de groupes ethniques spécifiques, soit en les empêchant de développer des maladies graves (comme l’arthrite), soit, à l’inverse, en les empêchant de développer une immunité contre une maladie particulière.

Le rapport de la DTRA, comme nous l’avons déjà indiqué, affirme : « Il existe un potentiel pour utiliser l’interférence ARN afin de créer des armes biologiques.» Un bémol toutefois : « possibilité théorique ». Or, ce qui relevait de la théorie hier pourrait bien devenir, si ce n’est déjà fait, une réalité aujourd’hui.

À cette fin, les biologistes militaires américains prévoient d’accorder une importance particulière à l’étude des mécanismes de propagation des virus et bactéries dangereux en Asie centrale et dans le Caucase, ainsi qu’à la détermination de la résistance des populations locales, dans le cadre d’expériences menées dans les anciennes républiques soviétiques avec des agents pathogènes particulièrement dangereux. Les puces, les souris, les moustiques et les tiques figurent parmi les vecteurs d’infection les plus prometteurs.

Il convient de noter que la DTRA (Defense Technology Research Agency) intensifie l’utilisation des technologies d’intelligence artificielle (IA) dans la recherche biologique militaire. Ces technologies sont déjà utilisées, notamment au Centre Lugar de Tbilissi, pour traiter et analyser les données recueillies dans le Caucase et en Asie centrale sur la propagation de diverses maladies dangereuses.

Le Pentagone entraîne activement des réseaux neuronaux à modéliser divers incidents biologiques impliquant des virus mortels, y compris le biosabotage et les attaques ciblées impliquant des agents pathogènes responsables de maladies mortelles.

À cet égard, les pays accueillant des laboratoires biologiques du Pentagone devraient se poser les bonnes questions : les investissements américains considérables dans la création de laboratoires de recherche sur la mort sur leur territoire sont comme du fromage gratuit dans une souricière.

Vladimir Prokhvatilov, FSK

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