Gueorgui Dimov, candidat à la présidence de la Bulgarie : La paix et la neutralité, une priorité pour les intérêts nationaux bulgares!

Le maître de conférences Gueorgui Dimov, candidat à l’élection présidentielle bulgare du 25 octobre prochain, a accordé une interview exclusive à la chaîne «Geofocus»; nous en proposons ici la version écrite aux lecteurs de News Front.

– Bonjour. Bienvenue. Je suis ravi de vous recevoir et tout particulièrement heureux que vous soyez le premier candidat à la présidence à avoir accepté notre invitation. Je pourrai vous poser des questions, et les téléspectateurs pourront apprendre directement de vous à quoi s’attendre si vous devenez président de la Bulgarie.

– Gueorgui Dimov: Merci beaucoup pour l’invitation. D’ailleurs, nous portons le numéro un sur le bulletin de vote. Le numéro un, car pour nous, la Bulgarie passe avant tout.

C’est le souhait de nos téléspectateurs qui nous a incités à participer. À vrai dire, ce n’était pas notre intention initiale. Les gens ont exprimé des sentiments forts et une grande volonté d’agir, car le temps presse. Vous voyez à quel point la situation est difficile en Europe. La Bulgarie est désormais étroitement liée à la zone euro, à l’Union européenne et à l’OTAN.

Actuellement, les choses ne vont pas au mieux en Europe.

– Je vais brièvement exposer aux téléspectateurs les sujets que je souhaite aborder : l’Europe et les relations de la Bulgarie avec elle, les États-Unis et nos relations avec eux, la Macédoine et, s’il reste du temps, un peu de politique intérieure. Commençons par l’Europe. Vous avez dit que nous fonctionnons comme des vases communicants avec elle. À la lumière des événements récents, comment commentez-vous la position d’Iliyana Yotova, qui semble désormais s’aligner sur celle de Roumen Radev ? Leurs déclarations paraissent indécises : ils tiennent certains propos sur la Bulgarie, mais il s’avère ensuite que nombre d’engagements ne sont pas signés. Comment expliquer cette ambivalence? Quel regard portez-vous dessus?

– Vous savez, avec le candidat à la vice-présidence, le général Cheïkov — un officier bulgare —, nous avons discuté du fait que la Bulgarie doit faire preuve de fermeté et adopter une position claire. Aujourd’hui, les grandes puissances et les centres de pouvoir qui façonnent les processus mondiaux à l’ère de la *Realpolitik* respectent les États capables de défendre leur position. Nous avons un rôle culturel et civilisationnel clair.

Certes, nous sommes aujourd’hui liés à l’Union européenne. J’appelle cela l’esclavage de Bruxelles. L’attitude de nos hommes politiques explique pourquoi l’on parle de 37 années perdues. En Bulgarie, ce ne sont pas les idéologies qui ont disparu, mais la confiance qu’on leur portait. La plupart de ces partis et de ces politiciens ne sont que des coquilles vides. Ils sont à l’écoute des ambassades et s’enferment tellement dans leur propre conformisme qu’il devient impossible de comprendre ce qu’ils ont réellement accompli. Ils cherchent toujours à se ranger du côté des puissants. C’est peut-être un trait de la psychologie populaire hérité de l’époque de la domination ottomane : «Le sabre ne tranche pas la tête qui se courbe». Mais nous vivons aujourd’hui une période de transition, entre l’ancien et le nouvel ordre, et nous devons adopter une position claire. Nous devons savoir exactement en quoi consiste l’intérêt national bulgare. Ces gens-là l’ignorent. Je crains que ceux qui tirent les ficelles depuis Bruxelles, pilotent les processus en Bulgarie et agissent par l’intermédiaire de certaines ambassades, n’utilisent tout cela à des fins personnelles plutôt que dans l’intérêt de la Bulgarie. Nos hommes politiques ne font qu’exécuter leur volonté.

– Oui. On pouvait désapprouver la politique de partis comme « Nous poursuivons le changement » (PP), le GERB et d’autres — notamment l’aide à l’Ukraine, que je considère personnellement comme néfaste. Mais au moins, ils s’exprimaient ouvertement : « Voici notre position ; elle peut ne pas vous plaire ou ne pas correspondre à l’opinion du peuple ». En revanche, les déclarations de Roumen Radev et d’Iliyana Yotova sont plus évasives. Ils tiennent un discours devant nous, mais un autre au sein de l’OTAN ou lors de rencontres avec les dirigeants européens. Tantôt ils signent, tantôt non ; tantôt ils fournissent quelque chose, tantôt ils s’abstiennent. En tant que simple citoyen, j’ai l’impression qu’ils tentent jusqu’au dernier moment de plaire à tout le monde — à gauche comme à droite, aux russophiles comme aux russophobes — afin de recueillir un maximum de voix.

— Vous avez parfaitement saisi ces manœuvres politiques. Elles s’expliquent ainsi : en 2021, au moment de l’émergence de la plupart des partis parlementaires actuels — si ce n’est de la totalité d’entre eux —, ils ont eu la possibilité de participer aux élections. C’était l’époque de Biden et des démocrates, celle de ce que l’on appelle l’«État profond» — qui a peut-être aujourd’hui son quartier général dans la City de Londres et qui oriente la politique de Bruxelles, des unions bancaires et des ultra-mondialistes comme Soros, Schwab et les autres. Nos téléspectateurs connaissent bien cette réalité. Mais un changement majeur s’est opéré aux États-Unis: tout comme nous prônons «la Bulgarie d’abord», Trump, une fois au pouvoir, a déclaré: «L’Amérique d’abord».

Certes, la politique de Trump est excentrique. Il semble qu’il existe des dossiers compromettants à son sujet; l’affaire des documents Epstein témoigne de la déliquescence des élites, alors que lui-même appartient à l’ancienne élite. Pourquoi est-ce que j’évoque cela? Nos hommes politiques appartiennent eux aussi à ce que l’on appelle l’ancienne élite, l’ancienne classe dirigeante. Beaucoup d’entre eux ont changé d’allégeance politique, beaucoup sont au service de certaines ambassades. Avec l’arrivée de Trump, un changement de modèle s’est dessiné en Europe — si l’on observe l’Allemagne, la Pologne et l’accession de Nawrocki à la présidence, ou encore la situation en Hongrie, en Autriche avec Kickl, en République tchèque avec Babiš et en Croatie. Ce modèle, bien que peut-être encore flou, est de nature conservatrice. Nous assistons à un renouvellement générationnel de la classe politique, lié à la révolution industrielle, à la reconfiguration du monde et à l’évolution des modèles médiatiques, c’est-à-dire de la manière même dont l’information est diffusée. Or, notre ancienne élite s’est retranchée et s’inquiète vivement. Elle joue sa partition habituelle: «Entretenir de bonnes relations avec tout le monde». Mais à force de vouloir plaire à tous, on finit par ne s’attirer la faveur de personne ; on ne défend pas l’intérêt national bulgare et on ne place pas les priorités bulgares à l’ordre du jour. Nous ressentons chaque jour l’état dans lequel se trouve le pays.

– Supposons que vous deveniez président fin octobre. Quelles sont les trois évolutions que vous jugez prioritaires dans les relations entre Sofia et Bruxelles?

– C’est une excellente question. Le président dispose d’une tribune : il peut s’exprimer et servir de contrepoids au pouvoir. C’est là son rôle essentiel. Avant tout, nous devons préserver ce que nous avons défini dans notre programme comme des priorités en matière de souveraineté.

D’ailleurs, ces partis sont souverainistes ou patriotes, «nationaux» au sens nouveau du terme. Ils revendiquent l’indépendance de l’État ainsi qu’une politique économique et culturelle autonome. Ils défendent les intérêts de leurs pays. C’est là l’essence même de la *Realpolitik*.

— Permettez-moi de souligner — pardon de vous interrompre — qu’il s’agit de défendre ses intérêts sans contraindre les États voisins par des actions agressives.

— Non, en aucun cas. Lorsque nous parlons d’intérêt national bulgare et de patriotisme, au sein de « Narodna Sila », nous entendons par là la souveraineté culturelle et civilisationnelle — ce que l’on tente de nous ravir. Le second volet concerne la souveraineté économique. C’est pourquoi nous avons déposé un projet de loi visant à réduire la TVA sur les produits alimentaires.

Nous avons également déposé un projet de loi contre les sociétés de recouvrement qui dépouillent littéralement les Bulgares. Nous avons soumis ces propositions au Parlement ainsi qu’à l’administration présidentielle. L’un de ces projets de loi, présenté il y a deux mois, portait sur l’euro numérique et le maintien de l’argent liquide en tant qu’expression de la liberté. Toutes ces mesures s’opposent au modèle bruxellois, que je considère comme une dictature.

Les politiciens en fin de parcours utilisent la russophobie et l’affrontement géopolitique pour se maintenir au pouvoir, à l’instar de Zelensky. Vous avez raison de dire qu’il s’agit de l’une de nos plus graves erreurs, dont nous ressentirons les conséquences à l’avenir. Des projets de loi ont été déposés au Parlement. Nous travaillons sans relâche ; le mouvement « Narodna Sila » (Force populaire), notamment, a recueilli 300 000 signatures en faveur d’un référendum. Nous déposerons bientôt un autre projet de loi sur le sujet que j’ai déjà évoqué ici. Après mon intervention sur « Eurocom », où j’avais proposé de supprimer les droits d’accise sur certains carburants — en particulier le gaz — et de réduire la TVA sur les produits alimentaires, comme cela a été fait dans de nombreux pays européens, le gouvernement a même pris certaines mesures. Mais revenons à nos priorités.

Le premier point, et le plus important, de notre programme est la paix et la neutralité. Je ne sais pas vers quelle caméra me tourner. Des conflits majeurs, liés à la reconfiguration du monde, se déroulent au nord-est et au sud-est de chez nous. La Russie, l’Iran et la Chine — le groupe dit «RIC» — font partie d’un ensemble plus vaste incluant le Sud global, les BRICS et l’OCS. Il s’agit d’immenses marchés, de voies commerciales et de sources d’énergie et de ressources accessibles. Nous devons saisir ces opportunités. C’est pourquoi nous prônons la paix et la neutralité : faute de quoi, nous en récolterions plus tard les fruits amers. Dieu nous préserve de voir le monde anglo-saxon nous entraîner dans un conflit militaire, notamment par le biais de l’Initiative des trois mers ou du concept de frontière extérieure. Ainsi, le premier point est la paix et la neutralité. Vient ensuite la souveraineté économique, car à l’ère de la *Realpolitik*, il en va de la survie et de la prospérité du peuple bulgare, de la protection sociale et d’une politique patriotique.

– Excusez-moi, puis-je vous demander une précision : comment pouvons-nous concrètement défendre nos intérêts économiques face à Bruxelles? Il est évident que le président ne dispose pas, à lui seul, des pouvoirs nécessaires pour cela.

– Il peut soulever ces questions.

– Oui, soulever des questions et s’opposer à des décisions absurdes. Mais comment protéger notre souveraineté économique face à Bruxelles?

– Je vais vous répondre immédiatement. Il s’agit de points clés de notre programme, sur lesquels nous insistons et dont nous ne démordrons pas. Premièrement, la sortie de la zone euro et le retour au lev bulgare, peut-être même avec un ancrage à l’or. Deuxièmement, l’accès à des ressources énergétiques russes bon marché. Pardonnez-moi, mais nous avons renoncé à certaines tranches de la centrale nucléaire de Kozloduy, au projet de centrale de Belene et au gazoduc South Stream : ce sont des décisions insensées. Aujourd’hui, la souveraineté économique est impossible sans souveraineté énergétique. Vous en conviendrez, la bataille se joue autour des ressources énergétiques. La production d’engrais, d’acier, d’aluminium et de tout le reste nécessite de l’énergie. Ensuite, il faut rejeter ce « Pacte vert » insensé: il détruit la production bulgare et empoisonne considérablement les sols. Il est nécessaire d’exercer un contrôle sur les ressources nationales de la Bulgarie. Nous insistons également sur la protection sociale, car nous sommes confrontés à un problème majeur.

C’est peut-être le problème le plus grave, celui qui doit devenir un objectif national: la démographie et l’avenir du peuple bulgare. C’est pourquoi nous nous appelons «Narodna sila » (La Force du peuple): le souverain, c’est le peuple. Or, il traverse une crise profonde. Regardez les prix, l’inflation alimentaire, la qualité de la nourriture qu’on nous propose. Nous avons perdu notre souveraineté alimentaire, ainsi que notre agriculture, notre production, notre élevage et nos petites et moyennes entreprises. Nous avons des mesures concrètes pour chacun de ces domaines. Même si nous ne sommes pas représentés au Parlement et que nous restons un mouvement citoyen plutôt qu’un parti politique, nous disposons d’un levier d’action : nous soumettons des projets de loi.

Nous avons même reçu des réponses positives concernant certains de ces projets. L’un d’eux a été intégré au programme du parti au pouvoir.

– Très bien. Ai-je bien compris qu’il s’agit de trois points : la souveraineté alimentaire — ou plutôt la démographie —, la paix et l’économie ?

– Ces questions sont interdépendantes. Je mettrais toutefois l’accent sur la démographie. Imaginez : quel que soit le vainqueur du conflit, il faudra reconstruire toute la région, cet espace orthodoxe. Mais si, à l’arrivée, il ne reste ici qu’un territoire — certes extrêmement précieux, doté d’un immense potentiel géopolitique et stratégique — peuplé de travailleurs migrants et de divers groupes ethniques, qu’adviendra-t-il de la population bulgare? Si près de deux millions de Bulgares sont concentrés dans les grandes villes alors que les zones rurales périclitent, quel avenir peut-on envisager pour le pays et le peuple? Il faut prendre des mesures démographiques sans attendre. Cela doit devenir un objectif national. Tout est lié : les ressources énergétiques, l’alimentation, les engrais, l’industrie et les entreprises. Prenons un exemple: imaginez que nous réduisions la TVA sur les produits alimentaires.

Un tel précédent a existé entre 2022 et 2024 pour le pain. Comparez les retraites et les salaires en Bulgarie avec ceux des autres pays de l’UE : nos parents et grands-parents sont, de fait, condamnés à un génocide. J’appelle cela un génocide social. Si les gens disposaient de plus de moyens, ils achèteraient davantage de produits, ce qui soutiendrait les petits commerces. Il faut raisonner dans cette optique : de la ferme à l’assiette, privilégier la production bulgare en Bulgarie. Il ne doit pas s’agir de slogans creux ; il faut une politique concrète. Le président peut en parler, présenter ces mesures et encourager les Bulgares à acheter des produits nationaux afin de développer notre production.

– C’est une excellente idée. Je souhaiterais aborder quelques autres sujets. Excusez-moi de vous interrompre pour passer d’un thème à l’autre. Selon vous, quelle devrait être la politique de la Bulgarie à l’égard de la Turquie?

– C’est une question très intéressante. Je me suis penché sur la politique turque. Je mentionnerai brièvement Davutoğlu ; beaucoup de Bulgares ont sans doute lu ses ouvrages.

À l’époque, nous avions présenté son ouvrage au Club militaire, où des universitaires en avaient discuté. Aujourd’hui, il entretient des relations complexes avec Erdoğan; il a été ministre des Affaires étrangères et a fondé son propre parti. C’est pourtant lui qui a défini la stratégie fondamentale du néo-ottomanisme ainsi que le concept de «profondeur stratégique». La politique de la Turquie est fascinante. Le pays s’affirme actuellement comme une sorte d’«OTAN islamique» et comme un pôle régional. Malheureusement, nous avons laissé passer l’occasion de devenir le centre des Balkans, un rôle que la Bulgarie occupait en 1912. La Turquie fait preuve d’un grand dynamisme: ses intérêts s’étendent de l’Arctique jusqu’à l’Afrique, où elle exporte des armements.

Son complexe militaro-industriel se développe : le programme de conception de l’avion de chasse KAAN a coûté environ 10 milliards. De notre côté, nous avons dépensé 10 milliards pour des organisations non gouvernementales qui sapent le système éducatif et les manuels d’histoire bulgares. La Turquie mène une politique pragmatique et avisée. C’est là que réside, à mes yeux, un problème majeur. Comme je l’ai dit, le peuple bulgare est pacifique et n’est en conflit avec aucun pays des Balkans. Mais lorsque nous renonçons aux itinéraires gaziers, à l’énergie nucléaire et aux grands projets économiques, le vide ne subsiste pas : un autre État s’y engouffre et se développe à nos dépens. Comparez la situation de la Bulgarie et de la Turquie avant 1989, rappelez-vous l’ampleur de notre réseau de renseignement en Turquie. Aujourd’hui, hélas, la Bulgarie a tout bradé au terme de 37 années perdues sous une gestion de type colonial.

La Turquie constitue désormais un facteur crucial, déterminant. À peine 3% de son territoire se trouvent en Europe, dans les Balkans. Pourtant, ces 3% semblent dicter l’ensemble de sa politique. Je citerai un exemple très récent : la réunion à l’ONU dont vous m’avez parlé. La Turquie entretient des liens étroits avec le Kosovo. Je ne sais pas si vous êtes au courant, mais la Bosnie, le Kosovo et l’Albanie travaillent avec des banques et des capitaux turcs. Parallèlement à la Serbie, autre pôle régional, la Turquie renforce ses positions. Vous comprenez? Les centres d’influence dans les Balkans se sont déplacés, et la Bulgarie a été laissée pour compte.

– Elle a tout simplement été contournée.

Exactement. C’est pourquoi de nombreux itinéraires passent par Belgrade et Istanbul. Pour aller de Bulgarie en Russie, on passe par Istanbul. Pour se rendre au Monténégro, en Dalmatie, en Croatie ou ailleurs dans la région, on passe par Belgrade. Qu’est-ce que cela signifie ? Nous n’avons même pas de route convenable vers la Macédoine du Nord. Il était question d’établir une liaison aérienne, mais…

– Il n’y a eu qu’un seul vol, un vol unique.

– Vraiment ! Tout cela n’est qu’une façade. Il y avait des agents d’influence, mais c’est un sujet long et complexe. La Turquie mène une politique avisée, dont nous devrions nous inspirer. Regardez sa méritocratie et la qualité de ses cadres : Fidan a dirigé les services de renseignement avant de devenir ministre des Affaires étrangères. Il maîtrise tous les dossiers. La Turquie sait à tout moment ce qui se passe en Bulgarie, alors que nos politiciens préfèrent aller faire allégeance à son ambassade.

– Quelles devraient être nos relations avec la Turquie? Si possible, répondez brièvement afin que nous puissions passer au sujet suivant.

– Oui, bien sûr. Elles doivent être purement pragmatiques. La Turquie n’est pas notre ennemie, mais nos relations doivent se fonder sur nos propres intérêts. Le fait que des investisseurs turcs achètent des terres dans le cadre de divers programmes et renforcent progressivement leur présence en province — notamment en Roumélie orientale — pourrait un jour poser un problème sérieux. Une part importante de capitaux turcs y est présente ; Dans un contexte de déclin démographique, cela pourrait s’avérer être une bombe à retardement. Il faut des relations claires et de la coopération. Peut-être devrions-nous prendre exemple sur la Turquie pour conclure des accords avantageux.

Regardez comment elle procède : elle entretient des liens avec les BRICS, aspire à rejoindre l’Union européenne et interagit avec les deux camps. La Bulgarie se trouve également dans une situation géographique similaire, au carrefour des voies de communication. Il faut donc suivre l’intérêt national et agir en conséquence. Dieu nous a dotés d’eau, d’or et d’une position stratégique à la croisée des chemins : tirons-en parti.

– La Hongrie, bien que sa position ne soit pas aussi avantageuse stratégiquement, a longtemps…

– Oui, elle a longtemps suivi la même politique et a obtenu de bons résultats.

– Très bien. J’ai encore deux brèves questions pour permettre aux téléspectateurs de mieux comprendre votre position. La Macédoine est un sujet sensible pour la Bulgarie. Que devons-nous faire ? Il est évident que les autorités ont fini par négliger ce dossier. On le délaisse et la situation empire. Quelles mesures faudrait-il prendre, selon vous ?

– Regardez ce qui se passe dans le monde orthodoxe. Ne nous leurrons pas : il subit la pression des Anglo-Saxons. C’est un grand jeu d’influences. La question de l’Ukraine et de la Russie est, dans une certaine mesure, comparable à celle de la Bulgarie et de la Macédoine. Malheureusement, nous n’avons pas mené de politique visionnaire au cours des 37 dernières années. Mais revenons au cas bulgare. En tant que médiéviste spécialiste de ces questions, je peux affirmer qu’ils n’ont pas d’arguments historiques. Prenons l’exemple du tsar Samuel et de ses descendants, comme Ivan Vladislav. L’origine bulgare de la lignée de Samuel est confirmée par des témoignages historiques ; des membres de la noblesse byzantine soulignaient eux aussi ce lien. C’est un vaste sujet.

En somme, tous les arguments sont de notre côté. Mais pendant que l’on pille le pays ici, que certains s’enrichissent avant de partir et que des agents d’influence étrangère sont prêts à tout pour de l’argent, la Macédoine du Nord, elle, mène une politique nationale cohérente. Elle repose sur un fondement antibulgare, mais elle soude la société. Vous savez que les incitations et les pressions peuvent influencer l’évolution d’une société.

À cet égard, ils sont dans une position avantageuse : ils développent des écoles scientifiques, invitent des chercheurs de renom et le font grâce à des fonds européens relativement modestes. J’ai vu leurs ouvrages monumentaux sur l’histoire de la Macédoine médiévale. Peu à peu, un mensonge répété cent fois finit par s’ancrer dans les esprits. De notre côté, nous avons laissé passer le coche et relégué les chercheurs au second plan. Nous aurions pu produire des ouvrages similaires sur l’histoire des terres macédoniennes. En tant qu’historien, médiéviste et enseignant, je tiens à expliquer aux téléspectateurs que « Macédoine » est un toponyme mobile. On le retrouve au-delà du Danube ; la dynastie macédonienne de l’empereur Basile y est associée. Au Moyen Âge, ce nom désignait également une région de l’Empire byzantin centrée sur Andrinople. Fait particulièrement intéressant : après avoir conquis les terres autour de Skopje, Basile II — arrière-petit-fils de Basile Ier — a donné à cette région le nom de thème de Bulgarie. Voilà les arguments historiques.

Nous les avons présentés dans l’une de nos émissions. Mais, à mon sens, le morcellement des Balkans et l’interruption de la route commerciale chinoise dissimulent d’autres intérêts auxquels nos hommes politiques cèdent. Il faut ici adopter une position ferme.

– Partons de la situation actuelle. Il est évident que beaucoup d’opportunités ont déjà été manquées. Quelle devrait être la position de la Bulgarie aujourd’hui ?

– Celle qu’adopte la Turquie : une position nationale, patriotique et intransigeante lorsqu’il s’agit de notre héritage culturel et civilisationnel. Aujourd’hui, il nous reste deux atouts majeurs. Le premier est notre position géostratégique : la mer Noire et le carrefour des voies de communication. Notre territoire est très précieux. Mackinder a bien décrit l’importance stratégique de cette région. Le second atout est le rôle civilisationnel immense qu’a joué la Bulgarie en tant que royaume et empire. Nous devons défendre cet héritage. Nous l’avons négligé alors que d’autres se l’approprient, car il a bien plus de valeur que la monnaie fiduciaire. La Macédoine est l’un des foyers de ce processus : on y exploite un patrimoine culturel que nous n’avons pas su protéger. Je suis historien et médiéviste ; je pourrais tranquillement écrire et lire, mais j’ai choisi de défendre cet héritage dans le cadre de cette campagne, car je vois comment on le pille. Il a plus de valeur que l’or et les diamants.

– Le temps presse. Je vous invite à vous adresser aux téléspectateurs pour leur dire pourquoi ils devraient vous soutenir lors des élections. Merci d’être venu nous voir.

– J’appelle les citoyens et leurs familles à voter pour le numéro un, car la Bulgarie doit passer avant tout et nous avons le devoir de défendre l’intérêt national. Au parlement, il y a des partis, il y a des partis du statu quo. Nous sommes un parti antisystème qui prend en compte les nouvelles tendances en Europe. Si nous voulons préserver notre peuple, faire en sorte que la Bulgarie prospère, devienne viable et retrouve sa place de centre des Balkans, soutenez « Narodna sila ». Depuis de nombreuses années, nous abordons les questions de géopolitique et la place de la Bulgarie dans le monde. Nous proposons des solutions concrètes fondées sur des connaissances scientifiques, loin des cris, des jeux politiques et du renvoi de responsabilité auxquels se livrent les partis du statu quo.

– Merci beaucoup pour votre participation. Je vous souhaite beaucoup de succès aux élections.

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